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Vieux, et alors ?

Le nombre de personnes âgées de 80 ans et plus dans le monde aura quadruplé entre 2000 et 2050, pour atteindre 395 millions (OMS). Quatre générations sont maintenant amenées à coexister. La transition démographique bouleverse la place qu’occupent les personnes âgées dans les sociétés les plus touchées par le vieillissement de la population.

On entend aujourd’hui que celles-ci deviennent “trop nombreuses” ou qu’elles coûtent “trop cher”. Faute de penser la vieillesse, on se focalise sur le nombre et sur le coût que celle-ci ferait “peser”. La difficulté même à trouver le terme adéquat témoigne du malaise : “vieux”, par opposition à “jeune”, est un mot tabou, presque une insulte.

Non sans une certaine ironie, alors que ces “vieux” vivent de plus en plus vieux, ils peuvent vite se retrouver isolés, en marge de la société et dans des situations de grande vulnérabilité. Selon la fondation de France 1,5 million de retraités sont touchés par l’isolement. En 2011, un tiers des personnes décédées par suicide étaient âgées de plus de 65 ans.

Et si, pourtant, l’allongement de la durée de vie était une chance – pour tout le monde ? Selon France Bénévolat, 29% des retraités ont une activité bénévole. Un grand nombre de grands-parents sont actifs dans le milieu associatif comme familial, et accompagnent leurs petits-enfants, de plus en plus, jusqu’à l’âge adulte. C’est un fait inédit par rapport aux siècles précédent, et toutes les générations peuvent tirer profit de ce lien. Pour les plus jeunes, il s’agit de bénéficier de l’expérience et de savoir-faire des vieux ; pour les plus vieux, il y va d’une vie affective et sociale plus épanouie.

À cet égard, l’étude des liens intergénérationnels dans d’autres pays peut s’avérer inspirante. Le vieillissement est un phénomène global, il touche des pays développés – le Japon, les États-Unis, le Canada, les pays européens – où la transition démographique est très avancée et certaines réponses institutionnelles méritent qu’on s’y intéresse : robots infirmiers et maisons multigénérationnelles au Japon, villes réservées aux « séniors » aux États-Unis, modèles d’assistance alternatifs en Amérique du nord…

Mais le vieillissement concerne aussi les régions du monde où la population est encore jeune – les pays d’Afrique ou d’Amérique latine, la Chine, l’Inde… Ces États amorcent ou ont amorcé une transition démographique qui va être fulgurante. À titre d’exemple, le Brésil est passé en moins de 50 ans d’un État très jeune à un pays vieillissant. Le même processus a pris deux siècles en Europe. Ces régions, où les solidarités sont encore essentiellement familiales, innovent pour s’adapter à cette nouvelle donne, tout en préservant leurs spécificités culturelles. En Chine, les universités pour personnes âgées fleurissent dans les grandes villes comme dans les régions rurales, l’Afrique du Sud développe des réseaux d’entraide entre séniors, dans des villages du Sénégal, des associations réunissent les grands-mères pour les former à la sensibilisation contre le mariage forcé et la grossesse adolescente…

À ce titre, l’étude de ces pays peut s’avérer particulièrement instructive pour des États plus « vieux », comme la France. Et le terreau est fertile : 97% des Français de plus de 18 ans et 98% des plus de 70 ans estiment qu’il est important de développer les liens entre les générations (IPSOS, 2015), pendant que 88% des 18-24 ans se disent prêts à consacrer du temps à une personne âgée (BVA, 2016).

Il est donc peut-être temps d’en finir avec l’image anxiogène et angoissante qui colle à la peau des vieux, et d’aller voir qui se cache derrière les « séniors » au sourire figé et au regard bienveillant des prospectus de silver économie ; de savoir ce que c’est vraiment, d’être vieux en France mais aussi dans le monde, et d’aborder le sujet avec un ton plus humain. Car une personne âgée n’en reste pas moins une personne.

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